Note d’intention

Entourée d’un groupe de comédiens amateurs travaillant ensemble depuis des années, j’ai souhaité leur lancer le défi de monter un spectacle basé sur un travail d’improvisation. C’était aussi un défi et une première pour moi, mais je savais que la conivance existant au sein du groupe aussi bien que le niveau de pratique théâtrale pouvaient nous permettre d’explorer des voies intéressantes et de toucher une certaine justesse dans les situations. Improviser, c’est prendre le risque de la liberté : la liberté d’accueillir ce qui est présent. La force du groupe se révèle alors dans une fusion des imaginaires, dans une dynamique vivante et collective : un cheminement prend forme et devient petit à petit un univers particulier. Pour des comédiens amateurs, c’est un exercice très formateur, permettant à chacun d’exprimer pleinement sa personnalité et son imagination et de faire corps de manière intime – plus qu’avec un texte imposé – avec une histoire naissante. Rapidement, j’ai laissé un thème émerger pour guider les comédiens : la famille. Il s’agit d’un thème universel dans lequel tout le monde peut se reconnaître. C’est également une matrice émotionnelle efficace et théâtrale où les sentiments, à la fois d’amour et de haine, peuvent se révéler très puissants. Une famille banale, cela n’existe pas et c’est dans ce quotidien intime et tissé de relations interpersonnelles ambigües que j’ai voulu baser notre travail. Une famille, c’est donc d’abord une histoire que porte chacun des membres qui la compose. L’idée n’était donc pas tant de constituer une intrigue majeure que de laisser se révéler la force de tous ces liens familiaux faits d’autant d’amour et de tendresse que de rancoeurs et de non-dits. Une fois le thème lancé j’ai organisé des séances d’improvisations collectives basées sur le secret et la révélation afin de faire émerger des idées. Des situations ont commencé à ressortir et différents sujets récurrents ont pris leur place : la maternité, l’homosexualité, le désamour, la mort, la filiation. Ces pistes ont permis la constitution de duos et j’ai rapidement proposé un arbre généalogique avec l’idée d’une grande fratrie et de leurs conjoints. Je souhaitais que chacun puisse jouer un personnage de son âge, afin que nous restions dans une certaine forme d’authenticité physique et émotionnelle. Après trois mois de travail j’ai proposé des scènes et des personnages basés sur l’univers que nous avions créé. Cet univers comprend une histoire dans le temps à travers une lignée parentale qui n’apparaît pas entièrement dans le spectacle et une géographie territoriale à travers une petite ville de province au caractère enfermant et étouffant, où tout le monde se surveille et se connaît. Cette famille s’est révélée possessive, intrusive et nourrie d’émotions bouillonnantes. Un amour très fort et enfermant uni cette famille vivant en vase clos. Mon souhait est donc de vous emmener explorer les interstices de cette toile familiale parfois surprenante. Bienvenue chez les Latonnelle…

Anaïs Coq
Metteur en scène